Déclaration du European Muslim Network sur la situation de leur Président, le Professeur Tariq Ramadan

 

Le Président du European Muslim Network, éminente personnalité publique, intellectuel musulman et professeur émérite à l’Université d’Oxford, est placé en détention provisoire depuis plus de cinq mois dans une prison française suite à des allégations de viols qu’il nie formellement. Il s’est vu refuser sa demande de mise en liberté sous caution, alors même que les charges contre lui s’effritent de jour en jour.

Le Professeur Tariq Ramadan a également été privé du traitement médical approprié pour la maladie chronique grave dont il est atteint depuis plusieurs années, ainsi que de l’accès à son dossier judiciaire complet. Les magistrats français semblent ignorer les diagnostics de neuf médecins stipulant que le professeur Ramadan souffre d’une sclérose en plaques, y compris l’avis de l’autorité médicale en chef de la prison qui a confirmé que son état de santé n’était pas compatible avec le maintien en incarcération.

Nous sommes absolument consternés par la manière dont le système judiciaire français traite le professeur Ramadan.

Nous exprimons notre profonde préoccupation concernant le traitement inhumain que Tariq Ramadan subit de la part de la « justice » française.

Nous reconnaissons pleinement les droits des plaignantes à faire entendre leur voix sans préjudice. Nous souhaitons néanmoins rappeler au pays qui a affirmé l’inaliénabilité des droits de l’Homme et de l’égalité, l’importance de respecter les principes qui garantissent l’intégrité de la justice française.

Ainsi, nous posons la question : Pourquoi M. Ramadan est-il privé de liberté sous caution lors de cette enquête préliminaire, bien qu’il se soit rendu volontairement à l’interrogatoire et ait donné toutes les garanties requises?

Est-ce que M. Ramadan a bénéficié de l’égalité de traitement tant prônée par la France, alors que des personnalités politiques de haut rang accusées de faits similaires continuent de bénéficier de leur totale liberté de mouvement ?

Nous posons la question : Existe-t-il une forme de justice pour les musulmans en France et une autre pour tous les autres?

Qu’est-ce qui justifie sa mise en isolement, les droits limités de visites familiales, le refus d’accès à son dossier judiciaire et donc aux moyens nécessaires pour préparer sa défense?

Les magistrats peuvent-ils permettre les fuites d’informations de manière sélective en toute impunité ? Est-ce une habitude en France que des personnalités politiques de haut rang dénigrent publiquement une personne en attente de procès?

En conséquence, le professeur Ramadan souffre d’une diffamation systématique dans les médias traditionnels sans pouvoir se défendre contre l’assassinat et la diabolisation de sa personnalité.

En bref, nous posons la question : M. Ramadan bénéficie-t-il d’une procédure judiciaire juste et équitable, dans laquelle il est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire?

Il s’agit de questions simples relatives à l’égalité d’accès à la justice. Nous tenons de surcroit à faire part de notre profonde préoccupation concernant la dignité et le traitement humain de tous les prisonniers. Nous soutenons la défense dans sa démarche de faire appel à la Cour européenne des droits de l’homme en raison des souffrances infligées au professeur depuis qu’il se trouve entre les mains de la justice française.

Nous appelons la France à démontrer à la communauté musulmane en Europe qu’elle défend les valeurs de «liberté, égalité et fraternité» indépendamment de l’origine ethnique ou religieuse, de l’orientation politique ou bien de l’activisme d’un individu qui conteste le positionnement de la France relatif au rôle de la communauté musulmane, que cela soit au niveau du pays en particulier ou bien plus largement dans l’ensemble de l’Europe.

Selon la « Convention européenne pour la protection des droits de l’Homme et des Libertés fondamentales» (CEDH, 1950), qui est également contraignante pour l’Union Européenne en vertu de l’article 6 du Traité sur l’Union Européenne et de la « Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne « (2000), chacun a droit à la liberté et à la sécurité et toute personne accusée d’une infraction pénale est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie par la loi »

Nous sommes convaincus que la France a jusqu’à présent complètement échoué à faire respecter ce principe dans l’affaire relative à notre président, le Professeur Tariq Ramadan.

Nous exigeons la libération immédiate du Pr. Tariq Ramadan pour qu’il puisse préparer sa défense convenablement. Nous réaffirmons que Tariq Ramadan doit bénéficier de la présomption d’innocence et d’une procédure régulière sur un pied d’égalité avec quiconque.

European Muslim Network, 16 Juillet 2018

Ibrahim El-Zayat, Allemagne
Mohammed Belal El-Mogaddedi, Allemagne
Abdole Magid Abdool Karim Vakil, Portugal
Ahmet Alibašić, Bosnie-Herzégovine
Malika Hamidi, Belgique
Hamza Roberto Piccardo, Italie
Yacob Mahi, Belgique
Hussain Shefaar, Angleterre
Nezar Mahmoud, Allemagne
Sehija Dedovic, Bosnie-Herzégovine
Omer Kajoshaj, Monténégro
Ali Rahni, France
Sabiha Erbakan-El-Zayat, Allemagne
Moustafa Megawer, Malte
Zakaria Hamidi, Pays-Bas
Younes Nassir-Sahli, Belgique
Michael Pfaff, Allemagne
Patrizia Khadija Dal Monte, Italie
Lucia Dahlab, Suisse
Paolo Gonzaga, Italie
Abdelmajid Mhauchi, Belgique
Davide Piccardo, Italie
Hajer Dhahri, Allemagne
Ivan Ejub Kostic, Serbie

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